L’héritage Introduction

Elie attends ma réaction, sur la défensive, prêt à réitérer sa demande. Je ne réponds pas pendant un moment. Que répondre à ça? Bientôt un an que j’évite toute sortie risquant de me mêler à plus de trois êtres humains, pourquoi changer mes habitudes maintenant? Ma zone de confort n’est pas loin d’être parfaitement délimitée et ça ne changera pas pour les beaux yeux de mon ami.

Franchement je m’en fous qu’il ait 33 ans et encore plus qu’il veuille réunir des gens pour boire en son honneur! Tant qu’il me laisse en paix ça me va. Il semble que ce ne soit pas le cas aujourd’hui, ça ressemble à une intervention, un ultimatum, je sais pas trop.

“- Qu’est-ce que j’y gagne?

– Ma reconnaissance éternelle et inconditionnelle tout comme l’amitié que je te porte. Je ne pourrai pas dignement passer l’âge du Christ sans ta présence à mes côtés et tu le sais depuis tes huit ans. Et puis Sonia sera là ainsi que Lyla et même Alexis, tu pourras te cacher sous leurs jupons pour masquer ta timidité légendaire sur les terres du milieu.

Je le regarde de mon oeil valide, bien sûr il s’est mis du mauvais côté comme les rares fois ou il me demande quelque chose. Je tourne donc la tête à au moins 90 degrés, ça l’intimide quand je fais ça.

-J’accepte à 12 conditions…

-Ca me paraît complètement raisonnable, je t’écoute.

Je ne peux m’empêcher de sourire.

Elie est l’un des rares à avoir cette capacité, autant j’use et j’abuse des sarcasmes autant les commissures de mes lèvres s’élargissent très rarement. Non pas que je m’apitoie sur mon sort mais c’est une question de feu intérieur je suppose, il s’est éteint on dirait, seules quelques braises se consument encore quand je m’allonge dans l’herbe et que je contemple le ciel sans penser à rien.

Penser à rien, c’est aussi l’une de mes arme ultime.

-Je reste deux heures pas plus, je m’habille comme je veux, je dis bonjour et aurevoir de loin, tu dois d’ailleurs faire en sorte que ça paraisse naturel de ma part, comme si j’étais une personne d’importance très occupée tout en étant charmante, et tu me trouves un chauffeur.

-Ca ne fait que 4 conditions mais je m’en contenterai. Sérieusement tu viens??

Je lis l’étonnement dans ces yeux avec un léger éclat de triomphe peut-être…

-Je viens.

-A ces 4 conditions?

-A ces 4 conditions.

-Tu n’en rajouteras pas dès que j’aurai le dos tourné?

Je fais tourner la cuillère entre mes doigts, bien sûr elle glisse sous la table. Je ne prends pas la peine de la ramasser. Je fais durer le suspens, pousse un profond soupir et abdique.

-Je n’en rajouterai pas. C’est bien parce que qu’il y a au moins 0, 00001% de possibilités que tu sois le nouveau messie après tout ce que tu m’as enseigné et que je tiens à passer tes derniers moments avec toi.

Elie passe ses doigts à travers deux mèches de cheveux bouclés qui retombent sur son front, il me fait un clin d’oeil et me tend la main.

-Bienvenue dans notre monde Mya.

Je lui tend mon majeur en retour et me lève pour aller rincer ma tasse, bien sûr elle tombe par terre, cette fois je me penche pour ramasser les morceaux. Heureusement que tout le monde m’offre des tasses, j’ai de la chance si je n’en casse pas deux par semaine. Dès qu’un léger obstacle se présente, ou du moins ce que je me représente comme un obstacle, je m’évertue à me servir de la mauvaise main.

Elie est parti quand je me retourne, il sait que je ne supporte plus qu’on ramasse mes dégâts à ma place depuis longtemps et puis il a obtenu ce qu’il veut l’enfoiré.

Je suis faible face à lui, il est l’une des rares personnes avec qui je fasse des efforts, la vie serait insupportable sans lui il faut bien me l’avouer.

Je prends machinalement la balle en mousse qui traîne sur la table et la malaxe quelques instants, je sens mes articulations forcer, se raidir, puis céder, elles se plient tant bien que mal avec un relent de douleur faible et familier.

Je me décide à me lever, je traverse le couloir jusqu’à l’atelier, immense, empli de lumière, c’est lui qui me nourrit encore à l’intérieur. Les odeurs de peintures acryliques me plongent dans une nouvelle atmosphère, un monde qui n’appartient qu’à moi. Rempli d’êtres d’un autre monde, sombres ou lumineux, ils s’étalent sur les toiles, familiers et rassurants.

Quel intérêt de sortir quand ils sont avec moi et qu’ils ne me parlent pas du passé?

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